Certains ont retenu de La biographie de Luka Philipsen l’ultime collaboration de Keren Ann avec Benjamin Biolay. D’autres la présence du titre « jardin d’hiver » qui
a donné à Henri Salvador un second souffle et la reconnaissance officielle aux Victoires de la Musique qu’il attendait depuis si longtemps…
Mais le premier album de la talentueuse Keren Ann est bien plus. C’est tout d’abord un concept-abum qui définit l’essence même de la « vraie » nouvelle chanson française : textes poétiques
incitant à la rêverie, musiques originales teintées de pop et d’électro soft, voix nonchalante, le tout mettant la création en avant. Bref on est loin de la Star Ac’ et de ses variétés
nauséabondes qui inondent les ondes (ça rime tout ça… !) et qui prétend représenter LA chanson française à l’heure actuelle. La clé réside probablement – outre le talent – dans le fait que Keren
Ann est à la fois auteur, compositeur et productrice de ses albums : contrairement à beaucoup, elle intervient donc de A à Z dans le making off de ses compositions. Sa musique est à son
image : globe-trotter, influencée par un voyage qui la mène de ses propres racines aux confins des musiques actuelles frôlant l’underground.
Des considérations philosophiques résignées du titre « seule » à l’équilibre fragile de l’artiste dans « sur le fil », en passant par le parfum des regrets de l’amour dans « on est loin », la
richesse des idées de cet album est ici exprimée. La rêverie triste dans le duo avec Benjamin Biolay « décrocher les étoiles », les doutes d’une trentenaire dans « peut-être », l’exotisme
hédoniste sur un rythme de samba dans « jardin d’hiver », tout fait de La biographie de Luka Philipsen un album qui traversera les années sans vieillir. Et qu’on retiendra comme un le premier
opus d’une carrière internationale d’une rare cohérence. Car si Keren Ann sait remettre en question les sons et les ambiances, sa musique ne cesse d’évoluer vers l’excellence.
Par antoine L
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Je vous avais parlé, au moment de sa sortie exclusive sur la toile en octobre 2007, du nouvel album de Radiohead, In Rainbows. Le disque a été commercialisé en
janvier 2008 et figure toujours parmi les meilleures ventes d’album au monde, MP3 et CD confondus ! La distribution exclusive de In Rainbows à un prix défini par l’acheteur a donc eu le mérite de
diffuser l’album en en faisant une promotion internationale quasi-gratuite et a permis au groupe anglais de réaliser un buzz sans précédent.
Mais je voudrais revenir aujourd’hui sur les aspects créatifs de cet album : comme je vous l’avais dit en octobre, un packaging « hardware » était disponible à la vente à côté des fichiers MP3.
Et là se fait toute la différence ! Cet écrin au format 33 tours recèle de nombreuses surprises en tout genre… Commençons par l’artwork : pochette cartonnée mat noir & blanc, livret
multipages couleur brillant, deux albums au format CD multicolores et leurs équivalents au format vinyle 33 tours pour les puristes de l’analogique. Obsolète en 2008 me direz-vous? Pas tant que
ça ! Je dirai plutôt logique pour les audiophiles : par définition le MP3 est un format compressé qui altère les propriétés dynamiques du son. Or In Rainbows a été enregistré en 100% analogique
par Nigel Godrich sur enregistreur à bandes magnétiques. Seul le vinyle peut restituer cette chaleur typique de l’analogique, et c’est chose faite ici…
Passons à la musique maintenant ! Quand on écoute le deuxième disque de In Rainbows - qui ne sera donc jamais disponible à la vente - on comprend la magie de l’album qui prend toute sa cohérence.
N’écouter que le premier disque de In Rainbows serait l’équivalent de n’écouter que la moitié de The Wall de Pink Floyd, il y manquerait une partie essentielle de son âme. Côté son, tout est
aussi fluide et dynamique, profond et plein : rien n’a été laissé au hasard et toutes les propriétés exceptionnelles de l’analogique ont été savamment utilisées. La rythmique est, comme dans le
premier disque, extrêmement présente, tout comme la fabuleuse voix de Tom Yorke. L’album s’ouvre sur un medley, « MK1 », réalisé sur les bandes magnétiques comme au bon vieux temps (Nigel Godrich
l’avait d’ailleurs publié l’air de rien sur le blog du groupe pour faire patienter les fans impatients et donner une idée du son de ce nouvel album). Vient ensuite le titre emblématique « Down is
a new up » qui devrait faire des ravages en concert et qui représente a lui tout seul la philosophie de l’album : un piano enregistré façon old school à la « Imagine » de John Lennon, des
reverbes et du delay, et des transitions rythmiques enivrantes… On poursuit sur « Go slowly » qui nous emmène loin dans la rêverie, avec un son vibrant allant crescendo puis « Last flowers to the
hospital », morceau plus triste appliquant la même recette d’un piano simple et mélo pris progressivement dans une rythmique folk. Une transition rock alternatif est assurée par « Up on the
ladder » pour déboucher sur l’OVNI du disque « Bangers et Mash » et terminer dans une ambiance acoustique sur « 4 minutes warning » et ces derniers mots de Tom : « this is a warning, four minutes
warning ». Cette chanson est un appel sombre à la vigilance concernant la guerre, joué pour la première fois en concert en 2006 à Copenhague.
Radiohead sera en concert en France cet été : seules trois dates ont été programmées, j’espère que vous avez d’ores et déjà réservé vos places : le concert d’Arras affiche comme première partie
prestigieuse The Do et Sigur Ros, rien que ça !
Par antoine L
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Enfin dans les bacs ! « A mouthful », le premier album du duo franco-finlandais The Do, est sorti en ce début d’année après un terrible buzz sur MySpace. Changement
de méthodes : prenez un groupe, réalisez son album, testez-le sur Internet et seulement quelques mois après, diffusez l’album de façon officielle. Qui eut cru, il y a quelques années, que ce
genre de procédé puisse faire émerger les jeunes talents ?
Artwork sympa, papier recyclé et photos originales, ça commence bien. Mais tout se joue au niveau de la musique, intégralement composée par le duo Dan Levy/Olivia B.
Merilathi : une pop libérée, originale, surprenante, entraînante. La voix d’Olivia nous enivre et nous fait flotter dans un univers léger et doux. En général les albums longs s’épuisent à un
moment ou un autre, mais a contrario, les 15 chansons de « A mouthful » s’enchaînent parfaitement sans le moindre grain de sable, nous promenant dans des mondes tous différents et
chaleureux.
L’album a été entièrement autoproduit par Dan Levy, on regrettera juste l’aspect un peu trop numérique de certains titres, qui ne choquera pas en tout cas lors d’une
écoute en MP3 ! Une belle sensation, deux beaux talents et au final une pop singulière qui mérite son succès...
Par antoine L
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