Ou comment est né ce projet un peu fou de produire des musiciens maliens…
Novembre 2003, après une longue route qui m’a mené du Burkina Faso au Mali, je fais une halte à Bandiagara, chef-lieu du pays Dogon. L’hôtel recommandé par le guide paraissait parfaitement convenir à une pause relaxante dans un voyage éprouvant : le Kambary - ou Cheval Blanc (www.kambary.com) -. Cet hôtel, offrait d’emblée une ambiance singulière : une construction à la fois ultramoderne et respectueuse des traditions les plus ancestrales des Dogons, un cadre verdoyant en plein Sahel, une conception basée sur l’autosuffisance en eau (alimentation par des forages)…au cœur d’une enclave oubliée des temps. Bref, un endroit propice à une certaine magie !
Depuis plusieurs jours j’étais baigné de culture malienne et de musique rythmée, réalisant le plus sensoriel des dépaysements. De Oumou Sangare à Rokia Traoré, en passant par Kar Kar ou encore Ali Farka Touré, je prenais réellement conscience de l’influence de la musique sur la vie des maliens. Et aussi de cette formidable cohérence entre des rythmes et une culture. Bref une nation musicale, qui contient en elle les plus belles racines d’une des plus belles musiques, celle de la vie, celle du quotidien, celles des rires ou des pleurs, celle de la nostalgie ou de l’évasion.
Il y avait ce soir là une liaison directe entre la terre et le ciel, magnifiquement posé comme un dôme étoilé au dessus de nos têtes, dont le scintillement appelait au rêve et à l’oubli. Au cours du repas les musiciens prirent place dans les demi dômes de briques traditionnelles qui caractérisent l’hôtel, et jouèrent leur répertoire. A l’époque ils devaient être quatre je crois ; jeunes, et incroyablement professionnels. Leur musique est venue directement s’impacter entre cette terre rouge et ce ciel étoilé pour réaliser la dernière connexion manquante et nous projeter à travers les siècles dans la vie des Dogons.
A la fin du concert, je décidai avec Florence de les inviter à boire un verre pour les connaître un peu plus. Première surprise, ce son incroyablement dense et riche provenait tout autant de guitares rafistolées de tous côtés que d’instruments traditionnels faits à la main dans les bois du pays. Une connexion disais-je, entre deux mondes que seules quelques centaines d’années séparent…
Et de la magie de cette rencontre est né un projet. Je proposais à Youssouf Karembé, le leader et compositeur du groupe, de revenir un jour au Mali pour les enregistrer et produire un disque.
Quelques jours après nous quittâmes Bandiagara pour rejoindre la vie tumultueuse de Bamako. Dans l’avion du retour je m’imaginais déjà revenir sur ces terres où la musique appartient aux hommes et aux femmes qui la font vivre et danser aux rythmes de leur vie…Mais ce projet me paraissait aussi démesuré qu’irréalisable avec peu de moyens.
Un nouveau challenge… ?



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